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Onze monostiques paysagers

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Sans perspective, comme dans un dessin d’enfant, la mer remplit la cuvette que le chemin naïf creuse entre les dunes.

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Jersey est bleue, signe de pas trop mauvais temps, mais ce qui est mieux
encore, paraît-il, c’est : point de Jersey.

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Lire les verts de la mer jusqu’à Jersey la bleue, les pieds dans les
chardons des sables, et penser à Victor Hugo.

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Le soir, à l’heure où s’éteint le jaune ardent des onagres, les petits
lapins sortent de leurs terriers et vont brouter les queues de lièvres.

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Sur les joues de la dune pousse une barbe de trois jours et il faudrait
que je la rase avec un monostique ?

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Dans les débris de coquillages, les os de seiches et le varech
pourrissant, les puces de sables sautent sous mes pas.

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Les cailloux sont muets comme des pierres mais les coquillages bruissent
sous nos pas d’un crissement jouissif.

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Dans la flaque insondable, les pins poussent à l’envers et la boue se teinte du bleu le plus pur ; un peu de vent la ride.

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Fermé par des œillères d’ajoncs et de bruyères, le regard tente de percer le mystère : vers quel château, vers quels jardins à la française ?

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S’il croit, le champ, qu’il est capable de contenir l’avancée de la forêt avec ces quelques malheureux barbelés, ce qu’il se goure, le champ, ce qu’il se goure

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Pour que le champ fauve, cerné de fougères vertes, ait l’air tout à fait idyllique, il y manque juste un petit âne gris.